Le sacre du bomber en cuir, la couleur lilas élue teinte de l'année, l'avènement de la ballet sneaker et le retour de l'imprimé tigre. A force de tendances qui s’enchaînent, l’envie d’en faire moins finit par s’imposer et elle porte un nom : le « Low-Energy Dressing » c'est à dire s’habiller en faisant le minimum d’efforts possible. Jean droits, t-shirts neutres, pull amples et baskets : la sobriété et le confort sont les mots d’ordre de cette nouvelle tendance. Une mode à rebours du layering excessif, des couleurs criardes et de la profusion d’accessoires.
Sur les réseaux sociaux, cette simplicité se transforme peu à peu en une esthétique à part entière. Elle s’inscrit dans la continuité de cette perpétuelle quête du naturel amorcée — il y a longtemps — par le « chignon coiffé-décoiffé » et flirte avec une autre tendance : le « having-a-life-core », « avoir une vie bien remplie » en français. Popularisée sur Tiktok et inspirée par les clichés de paparazzis montrant les célébrités dans leur quotidien — souvent pressées et occupées — cette expression revendique une esthétique faussement négligée où la désinvolture et le charisme suffisent à faire la tenue.
Dans un long article consacré au sujet dans Harper's Bazaar, plusieurs spécialistes expliquent le phénomène qui serait avant tout une réaction à la saturation des tendances. « On nous annonce chaque semaine “la prochaine grande tendance" » explique Dion Terrelonge, psychologue de la mode. « Mais lorsqu'une tendance disparaît en quelques jours, elle perd tout son sens. Les gens finissent par s'en détourner complètement. » La mode avance à un rythme frénétique souvent difficile à suivre et surtout générateur de fatigue mentale.
Selon Kate Nightingale, psychologue de la consommation et fondatrice de l'agence Humanising Brands, ce mouvement s’explique par deux facteurs psychologiques majeurs. D'abord, une moindre sensibilité au jugement, particulièrement chez la Gen Z, qui se montre un peu plus détachée des codes traditionnels de validation sociale. Et puis ce qu’elle appelle « l’optimisation cognitive » : s’habiller simplement permet de réduire le nombre de décision quotidiennes, libérant ainsi de l'énergie mentale pour d’autres choses. Cela peut contribuer à « diminuer le stress » car « réduire la charge cognitive améliore toujours le bien-être » explique-t-elle.
Mais le « Low-Energy Dressing » est aussi, en partie, influencé par le minimalisme propre au luxe d'aujourd’hui. « Le minimalisme est désormais associé à la richesse. Les couleurs vives et les tenues de soirée sont devenues synonymes de mode éphémère et de piètre qualité » observe Shakaila Forbes-Bell, psychologue de la mode et auteur de Big Dress Energy. La sobriété s’impose désormais aussi comme un signe de raffinement au delà de l'aspect pratique.
Sur le papier, le « Low-Energy Dressing » et même le « having-a-life-core » promettent de libérer tout un chacun du diktat de la mode et du style. Mais dès lors qu'elle devient une tendance, la décontraction se transforme en un effort qui se calcule. S'habiller de façon effortless, est-il un acte libérateur ou simplement une nouvelle forme de pression esthétique ? Kate Nightingale qui observe que « tout ce qui devient populaire risque de se transformer en performance » semble avoir la réponse à la question. « Ce qui était censé décomplexer finit par imposer ses propres règles. »
2026-01-29T05:14:00Z