POURQUOI LE MANQUE DE SOMMEIL EST-IL DANGEREUX POUR LA SANTé ?

Durant notre vie, on passe un tiers de notre temps à dormir. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde : la majorité des Français dorment mal et pas assez. Maladies cardiovasculaires, diabète, obésité, accidents de la route… Le manque de sommeil peut avoir de lourdes conséquences sur la santé.

« Le manque de sommeil nous tue. » C’est le message alarmiste que lançait en 2017, dans les colonnes du Monde , la psychiatre Sylvie Royant-Parola, fondatrice du Réseau Morphée, spécialisé dans la prise en charge des troubles du sommeil. Et pour cause : 63 % des Français dorment mal,

Pas de rattrapage

Si une insomnie ponctuelle est sans conséquence pour la santé, les troubles réguliers du sommeil peuvent, sur le long terme, bel et bien la dégrader. « Un adulte se met en réel danger s’il dort moins de six heures par nuit, explique Sylvie Royant-Parola au Monde. On estime entre 1 % et 3 % de la population ceux qui sont génétiquement programmés pour se contenter de quatre à cinq heures et demie de sommeil par nuit. Pour tous les autres, une nuit devrait durer entre sept et huit heures, exceptionnellement six heures. Jamais au-dessous. »

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Et le rattrapage des heures à fixer le plafond désespérément n’est pas une bonne nouvelle : dormir trois heures en plus pendant les vacances ou le week-end est un symptôme de privation de sommeil. Jongler entre les nuits courtes et plus longues perturbe l’horloge interne, le rythme du sommeil et donc la récupération.

Qui dort (pas) dîne

Et ces insomnies ont des conséquences immédiates au réveil : difficulté et manque d’attention, fatigue et somnolence durant la journée, troubles de l’humeur, irritabilité, troubles de la mémoire et, surtout, augmentation du risque d’accident du travail ou de la circulation. « Le sommeil nettoie le cerveau, et facilite donc les mouvements du liquide interstitiel, ce qui contribue à évacuer les toxines libérées par les cellules, et permet de repartir sur de bonnes bases le lendemain, développe Damien Davenne, chronobiologiste et professeur à l’université de Caen, interrogé par l’édition du soir en septembre 2023. Le cerveau est le premier tissu de l’organisme à être touché par la privation de sommeil, ce qui a des conséquences sur la performance globale des individus, même à petite échelle. »

Sur le long terme, plusieurs études ont démontré que le manque de sommeil a des conséquences sur l’organisme. Il favorise l’obésité, la faute notamment à une modulation des hormones digestives, ce qui stimule l’appétit. « Qui dort moins a davantage faim le lendemain et stocke davantage ce qu’il ingère. Plus la privation de sommeil est grande, plus ces effets sont importants, surtout chez l’enfant. Il y a donc un lien direct avec la prise de poids, l’obésité, et tout cela favorise le diabète », détaille encore au Monde Sylvie Royant-Parola. Des nuits de moins de six heures augmentent le risque de diabète de type 2 de 28 %.

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Et ce n’est pas tout : mal dormir augmente aussi le risque de dépression, favorise les troubles cardiovasculaires (AVC, infarctus), l’hypertension, affecte l’immunité et facilite le déclenchement de certains cancers (du sein chez la femme ou de la prostate chez l’homme, par exemple). Christian Benedict, chercheur à l’université d’Uppsala, assure au média Euractiv que les résultats de ses recherches indiquent même « que le manque de sommeil pourrait accélérer les processus de dégénérescence neurologique », comme Alzheimer. Lui et ses équipes ont observé qu’une nuit blanche augmente la concentration de certaines molécules dans le sang, en général présentes lors de lésions cérébrales.

Préparer la chute

De quoi faire de sacrés cauchemars, mais des solutions existent pour bien préparer sa chute dans les bras de Morphée. Au dîner, on mange léger, et on évite les excitants en soirée (cigarettes, alcool, café). Privilégiez les activités relaxantes, mais pas de bain ou douche chaude : tout ce qui augmente la température corporelle gêne l’endormissement. Faire une activité physique dans la journée aide aussi à tomber comme une pierre dans son lit… Et si le sommeil ne vient pas, ne prenez pas votre téléphone : mieux vaut éviter les temps d’écran avant la nuit, l’idéal étant de s’en passer une heure avant le coucher.

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Bien dormir, c’est aussi s’écouter : ne pas lutter contre les signes de fatigue (bâillements, paupières lourdes, étirements). Essayer de s’endormir et de se réveiller à la même heure tous les jours est également une bonne chose, car cela permet de créer des habitudes pour le cerveau et donc de régler l’horloge interne. Adieu les grasses matinées le week-end…

En cas de troubles répétés du sommeil, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant. Insomnies, dépression, syndrome des jambes sans repos, somnambulisme, apnée du sommeil (qui augmente avec l’âge et le surpoids), grincements des dents… Le tout est de poser un diagnostic pour mettre en place un traitement adapté. En France, des centres de sommeil ont vu le jour il y a quelques années, dont la liste non exhaustive est à retrouver ici. De quoi dormir sur ses deux oreilles.

2025-06-05T19:13:26Z