UNE MAISON DANS LES POUILLES AUX ACCENTS NATURELS

Une maison dans les Pouilles aux accents naturels

Nini Bonavoglia conçoit une maison dans les Pouilles après avoir vécu aux quatre coins du monde, et ressentant le besoin de renouer avec la terre qui l’a vu naître.

Parfois, les maisons nous viennent de loin. Cette villa située à quelques kilomètres d’Ostuni, dans les Pouilles, est née pendant la pandémie, tandis que son propriétaire se trouvait coincé en Patagonie. C’est dans ces terres lointaines, mû par une créativité qui était inversement proportionnelle à sa vie sociale, que Nini Bonavoglia eut une révélation : il est possible de s’épanouir retranché des autres, du moins d’une majorité d’entre eux, pour ne vivre qu’aux côtés de ceux qui comptent. Sans oublier la nature, immense, primitive, revigorante. Pour cet homme né à Bari, qui a fait ses études à Milan avant de vivre à New York, Londres et Paris, puis qui s’est installé à Zurich, ce petit coin des Pouilles a des airs romantiques de retour aux origines.

Tout commence donc par le paysage : un terrain de deux hectares et demi planté d’oliviers, d’amandiers et d’espèces méditerranéennes, sur lequel Nini Bonavoglia construit avec sa sœur Francesca, responsable de l’architecture du projet, une maison où l’on peut vivre seul et ensemble, où l’on peut se ressourcer mais aussi s’ouvrir. Aux volumes trop amples de la masseria, corps de ferme typique de la région des Pouilles, il préfère deux unités d’habitation indépendantes d’un étage, s’élevant sur des ruines de bergeries et d’enclos. Les deux bâtiments dialoguent autour d’un jardin de plantes grasses, d’un patio et d’une piscine au bleu vibrant.

Comme tous les lieux de caractère, cette maison dessine en creux le portrait de son propriétaire. Ici, ce sont les matériaux anciens qui parlent, tels ces murets en pierre sèche chargés de délimiter la frontière entre l’espace domestique et la nature. Au quotidien, on arpente une base en ciment et en quartz, équilibre parfait entre le souvenir de la ville et la fraîcheur méditerranéenne. Les murs sont blancs, d’une lumière pure parfois striée par des arrière-plans aux tons de glaise et d’argile. Le métal confère sa force à la demeure, recouvrant un mur qui fait office d’armoire, de dispositif d’exposition et qui nous guide vers la salle de bains, où règne le granit, dans une version grise et veinée, proche du noir.

Dans cet écrin, où d’imposantes fenêtres de fer au cachet industriel assurent le passage de la lumière, Nini Bonavoglia met en scène ses univers : la passion pour le design italien, qu’il collectionne, son amour pour l’art contemporain, et la fièvre du voyage, qui l’a mené partout autour du monde. Cela suffirait à faire de cette maison un nuancier de formes et de matières si à toutes ses passions ne s’était ajoutée celle de la céramique, peut-être le plus biblique des arts, que le propriétaire maîtrise avec brio. Après des premiers essais dans un atelier parisien, l’artiste laisse s’épanouir sa sensibilité en solo, donnant naissance à des sculptures aux incrustations marines, à des vases, des chandeliers, et même des cadres de cheminée.

Ces œuvres, qui manifestent une étrange vitalité, ne cessent d’étendre leur répertoire, animées par le même esprit que celui qui hante les lieux... Selon un savant jeu de renvois chromatiques et artistiques, elles surgissent parmi une impressionnante collection de chefs-d’œuvre du design transalpin : canapés de Mario Bellini et de De Pas, D’Urbino & Lomazzi, buffets d’Angelo Mangiarotti, fauteuils de Franco Albini, luminaires d’Ignazio Gardella, Gino Sarfatti et Vico Magistretti…

Parmi les nombreuses pièces de la collection réunie par Nini Bonavoglia durant sa carrière d’art advisor, une série de nattes berbères, collectionnées à travers le Maghreb, viennent rythmer l’ensemble de la maison, insufflant leur éclat singulier au fil des pièces. Sur l’une d’elles, un symbole tressé de cuir, de jonc et de parchemin, semble incarner le génie du lieu : l’Amazigh, qui signifie en berbère « l’homme libre », mais aussi « l’olivier ». Cet homme libre qui, comme le céramiste, modèle de ses mains son destin pour lui donner forme, avant de le mettre au feu afin que rien ne puisse l’entamer et, en attendant que la cuisson s’achève, s’étend en silence pour observer les oliviers pousser.

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